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Katusha

Femmes russes et slaves

Femme slave : caractère et valeurs, ce que mesurent les enquêtes

Famille, religion, travail, tâches ménagères, rôles dans le couple : ce que les grandes enquêtes de valeurs disent du caractère des femmes russes, ukrainiennes et biélorusses.

Jeune femme blonde en manteau bordeaux sur un quai de métro aux colonnes de marbre.
15 min de lecture3056 mots

Le caractère d'une femme slave fait l'objet de plus d'affirmations que de mesures. Famille avant tout, foi profonde, goût de la tradition, dévouement au foyer : les portraits se recopient d'un site à l'autre, rarement avec une source. Or les grandes enquêtes internationales de valeurs interrogent depuis des décennies des milliers de Russes, d'Ukrainiennes et de Biélorusses, avec les mêmes questions qu'en France. Cet article confronte les clichés à ces données : World Values Survey, statistiques du travail de la Banque mondiale, enquêtes d'emploi du temps de Rosstat, de Belstat et de l'Insee, sondages du VTsIOM et du Centre Levada. Elles ne décrivent pas une personne, elles décrivent des moyennes, et c'est déjà beaucoup.

Que mesurent vraiment les enquêtes sur les valeurs ?

Aucun institut ne mesure un « caractère ». Ce que les enquêtes mesurent, ce sont des opinions déclarées, posées à un échantillon représentatif de la population adulte d'un pays. La plus vaste est le World Values Survey, conduit depuis 1981 avec l'European Values Study qui couvre l'Europe. Sa dernière vague, menée entre 2017 et 2022, a interrogé 1 810 personnes en Russie (2017), 1 289 en Ukraine (2020, avant la guerre), 1 548 au Bélarus (2018) et 1 880 en France (2018).

Trois précautions s'imposent avant de lire les chiffres :

  • ce sont des moyennes nationales, qui disent ce qui est fréquent dans un pays, jamais ce que pense une femme en particulier ;
  • les terrains précèdent tous l'invasion de l'Ukraine en février 2022, qui a pu déplacer certaines opinions ;
  • une opinion déclarée n'est pas un comportement : on verra plus bas que l'écart entre les deux est justement l'un des enseignements les plus nets.

Les indices de Geert Hofstede, souvent cités pour décrire « la mentalité russe », appellent encore plus de prudence. Ils comparent des cultures nationales entre elles, sans échantillon publié ni date de terrain, et ont été révisés en 2023 : l'individualisme russe est passé de 39 à 46, l'ukrainien de 25 à 55. Ils ne disent rien des femmes en particulier.

À retenir. Une enquête de valeurs mesure des opinions moyennes d'un pays, pas le caractère d'une personne. Tout portrait de « la femme slave » qui ne cite ni enquête, ni année, ni échantillon relève du cliché.

La famille compte-t-elle davantage pour une femme slave ?

C'est le cliché le plus répandu, et les données ne le confirment pas. À la question de l'importance de la famille dans la vie, les quatre pays répondent presque de la même façon : la famille est « très importante » pour 83,3 % des Russes, 85,4 % des Français, 86,0 % des Ukrainiens et 88,7 % des Biélorusses. La France se situe au-dessus de la Russie.

L'écart sur la religion est plus faible qu'on ne l'imagine. La religion n'est « très importante » que pour 18,3 % des Russes et 19,7 % des Biélorusses, à peine plus que les 14,3 % de Français. La vraie différence est ailleurs : 36,1 % des Français jugent la religion « pas du tout importante », contre 16,1 % des Russes. La Russie compte donc moins de croyants fervents qu'on ne le dit, et beaucoup moins d'indifférents qu'en France. Seule l'Ukraine se distingue nettement, avec une importance de Dieu notée 7,1 sur 10, contre 6,3 en Russie, 5,8 au Bélarus et 4,4 en France.

PaysFamille très importanteReligion très importanteDieu, note sur 10
Russie83,3 %18,3 %6,3
Ukraine86,0 %22,0 %7,1
Bélarus88,7 %19,7 %5,8
France85,4 %14,3 %4,4

Ensemble des répondants, hommes et femmes. Sources : World Values Survey, vague 7 (Russie 2017, Ukraine 2020) ; European Values Study 2018 (Bélarus, France).

La carte culturelle publiée par les politologues Ronald Inglehart et Christian Welzel (édition 2023) confirme ce constat. Elle place chaque pays sur deux axes : valeurs traditionnelles ou séculières, valeurs de survie ou d'expression de soi. La Russie, l'Ukraine et le Bélarus y forment le groupe de l'« Europe orthodoxe », au même niveau de sécularité que la France. Tout l'écart se joue sur le second axe : les Français valorisent davantage l'autonomie individuelle, le choix personnel, la tolérance. L'indice de valeurs émancipatrices de Welzel, de 0 à 1, s'établit à 0,40 en Russie et en Ukraine, 0,41 au Bélarus, 0,61 en France.

Les femmes slaves ont-elles une vision traditionnelle des rôles ?

Sur ce point, les enquêtes montrent un écart réel, et il ne vient pas seulement des hommes. Le World Values Survey pose trois affirmations sur les rôles des sexes. Les réponses des seules femmes montrent qu'une Russe ou une Biélorusse sur deux estime que les hommes font de meilleurs dirigeants politiques, contre une Française sur huit.

Femmes d'accordPolitiqueEntrepriseEmploi
Russie50,6 %45,0 %35,0 %
Bélarus50,5 %45,1 %22,2 %
Ukraine35,2 %33,2 %25,4 %
France12,9 %10,0 %13,7 %

Part des femmes d'accord ou tout à fait d'accord avec l'idée que les hommes font de meilleurs dirigeants politiques (Politique), de meilleurs chefs d'entreprise (Entreprise), et doivent passer en premier quand l'emploi manque (Emploi). Sources : World Values Survey, vague 7 ; European Values Study 2018.

Dans les trois pays slaves, les hommes sont plus nombreux encore à le penser : 65,2 % des hommes russes jugent les hommes meilleurs dirigeants politiques, contre 50,6 % des femmes russes. En France, l'écart s'inverse légèrement, avec 12,9 % des femmes et 10,1 % des hommes.

Deux questions n'ont été posées qu'en Russie et en Ukraine. « Être femme au foyer est aussi épanouissant qu'avoir un emploi payé » recueille 53,4 % d'accord en Russie et 79,3 % en Ukraine, où les femmes l'approuvent davantage que les hommes (84,8 % contre 71,3 %). « C'est un problème si une femme gagne plus que son mari » recueille 34,5 % d'accord en Russie et 30,9 % en Ukraine.

Le Centre Levada, qui a repris en 2022 le module famille de l'International Social Survey Programme, nuance ce tableau. Deux tiers des Russes estiment que l'homme et la femme sont également responsables du foyer. Mais 72 % veulent que le père soit le principal soutien financier d'une famille qui a un enfant d'âge préscolaire, et 44 % des femmes donnent la priorité au rôle domestique de la femme, contre 58 % des hommes. Ces opinions sont nettement moins répandues avant 40 ans. Le mythe d'une femme slave docile, forgé par le marketing matrimonial, a fait l'objet d'une analyse séparée : les chiffres décrivent une adhésion aux rôles traditionnels, pas une soumission.

À retenir. L'écart avec la France est réel sur les rôles des sexes : une Russe ou une Biélorusse sur deux juge les hommes meilleurs dirigeants politiques, contre une Française sur huit. Ces opinions reculent chez les moins de 40 ans.

Travaillent-elles moins que les Françaises ?

C'est ici que l'opinion déclarée et la réalité mesurée divergent le plus. Les femmes russes et biélorusses travaillent au moins autant que les Françaises, sont plus nombreuses dans l'encadrement et plus souvent diplômées du supérieur. Selon les données de la Banque mondiale, mises à jour en octobre 2026, 76,6 % des Biélorusses et 71,9 % des Russes de 15 à 64 ans étaient actives en 2025, contre 71,1 % des Françaises. L'Ukraine, à 61,7 %, ne dispose d'aucune donnée après 2021.

Jeune médecin blonde en blouse blanche, stéthoscope au cou, dans un couloir d'hôpital.

Dans l'encadrement, l'écart est plus net encore : les femmes occupent 47,0 % des postes de direction au Bélarus, 44,1 % en Ukraine, 41,7 % en Russie, contre 38,7 % en France. Dans les quatre pays, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à détenir un diplôme du supérieur. Les deux tiers des femmes russes de 25 ans et plus sont diplômées d'au moins un cycle court, contre moins de quatre Françaises sur dix. Ces niveaux ne se comparent qu'avec prudence : les classifications internationales rangent dans le supérieur court une partie des formations professionnelles russes, et le recensement russe de 2021 a fait bondir la série.

PaysFemmes actives, 15-64 ansPart des femmes cadresFemmes diplômées du supérieur
Russie71,9 %41,7 %66,3 %
Bélarus76,6 %47,0 %63,5 %
Ukraine61,7 %44,1 %51,7 %
France71,1 %38,7 %38,8 %

Activité : modèle de l'OIT, 2025 (Ukraine 2021). Cadres : dernière année disponible, 2021 à 2025. Diplômes : femmes de 25 ans et plus ayant au moins un diplôme du supérieur court, 2019 à 2023 selon le pays. Source : Banque mondiale, données de l'OIT et de l'Unesco.

Le modèle traditionnel existe donc dans les opinions, pas dans les comportements mesurés. Une Russe peut juger que l'homme doit faire vivre la famille tout en travaillant à plein temps et en dirigeant une équipe : les deux coexistent dans les mêmes réponses.

Qui fait le ménage en Russie et au Bélarus ?

Les enquêtes d'emploi du temps, où chaque personne note heure par heure ce qu'elle fait, mesurent ce que les sondages d'opinion ne voient pas : la double journée. Selon l'enquête de Rosstat menée en 2019 auprès de 45 000 ménages, une citadine russe consacre un jour de semaine 3 h 02 aux tâches domestiques et 57 minutes aux soins de la famille, contre 1 h 13 et 18 minutes pour un homme. Elle travaille dans le même temps 4 h 47 contre 6 h 46, et dispose de 3 h 12 de temps libre contre 3 h 39. Sur l'ensemble de la semaine, l'écart est d'environ 2,3 pour 1. Des chiffres de 2024 repris par la presse russe donnent le même rapport : 235 minutes par jour pour les femmes, 102 pour les hommes.

Couple dans une petite cuisine, lui penché sur la casserole, elle coupant des tomates.

Au Bélarus, l'écart se réduit. Selon Belstat, cité par la presse biélorusse, les femmes consacraient, en 2024-2025, 1,7 fois plus de temps que les hommes au travail domestique et aux soins, contre 2 fois dix ans plus tôt. L'infographie publiée par Belstat pour la Fête de la famille 2026 détaille le cas des couples avec enfants : la mère y travaille 4 h 59 par jour et consacre 5 h 07 au foyer, le père 6 h 32 et 2 h 38. Elle dispose de 2 h 26 de temps libre, lui de 3 h 23. Ce déséquilibre est pourtant largement accepté : 90,3 % des femmes et 97,3 % des hommes se disent satisfaits de la répartition des tâches.

PaysEnquête d'emploi du tempsRapport femmes / hommes
RussieRosstat, 2019environ 2,3
BélarusBelstat, 2024-20251,7
FranceInsee, 2009-2010environ 1,6

Temps de travail domestique et de soins aux proches, femmes rapportées aux hommes. Russie : citadins de 15 ans et plus, moyenne sur la semaine calculée par Katusha. Les nomenclatures et les années diffèrent : seuls les rapports se comparent. Sources : Rosstat, « Femmes et hommes de Russie 2024 » ; Belstat ; Insee Première n° 1377.

La France n'est pas un modèle d'égalité pour autant. La dernière enquête publiée de l'Insee, menée en 2009-2010, mesurait 3 h 52 de temps domestique par jour pour les femmes contre 2 h 24 pour les hommes. Une nouvelle enquête, dont le terrain s'est achevé en septembre 2026, n'a pas encore été publiée.

À retenir. La double journée est mesurée : une Russe consacre au foyer environ 2,3 fois plus de temps qu'un homme, une Biélorusse 1,7 fois, une Française environ 1,6 fois. L'écart se réduit au Bélarus, où il était de 2 pour 1 il y a dix ans.

Que pensent-elles de l'égalité et du féminisme ?

Les sondages russes décrivent une adhésion large au principe d'égalité, et une méfiance envers le mot « féminisme ». En mars 2019, le VTsIOM, l'institut de sondage public, relevait que 62 % des Russes jugeaient souhaitable une égalité complète des droits entre les sexes, mais que 31 % seulement soutenaient le féminisme, 44 % chez les 18-24 ans. En juillet 2024, 78 % des Russes estimaient que les femmes doivent participer à la vie politique à égalité avec les hommes : 84 % des femmes, 71 % des hommes.

Le Centre Levada, classé « agent étranger » en Russie, mesure le sentiment d'égalité réelle. En février 2022, 68 % des Russes estimaient que femmes et hommes avaient les mêmes droits, 72 % des hommes mais 64 % des femmes, et 25 % des femmes jugeaient que les hommes en avaient davantage.

Ce que les Russes apprécient chez une femme a changé en vingt-cinq ans. Le même Centre Levada pose la question depuis 1993. Le sens du foyer progresse (39 % en 1993, 46 % en 2018) quand la belle apparence recule nettement (53 % en 1993, 31 % en 2018). En 2018 viennent ensuite l'attention aux autres (32 %), la fidélité (30 %) et l'intelligence (25 %), loin devant l'indépendance (5 %) et la capacité à gagner sa vie (4 %). Les femmes valorisent davantage que les hommes l'intelligence chez une femme (29 % contre 21 %), les hommes davantage l'apparence (36 % contre 28 %). Ce qu'elles attendent, elles, d'un homme fait l'objet d'un article distinct, consacré aux enquêtes sur les attentes des femmes slaves en couple.

Russe, Ukrainienne, Biélorusse : un même caractère ?

L'expression « femme slave » réunit trois pays dont les trajectoires divergent depuis 2014, et les enquêtes le montrent. L'Ukrainienne ne se range pas simplement du côté « moderne ». Elle est la moins nombreuse à juger les hommes meilleurs dirigeants politiques (35,2 %, contre 50,6 % des Russes), mais aussi la plus attachée au rôle de mère au foyer : 54,8 % des Ukrainiens pensent qu'un enfant souffre quand sa mère travaille, contre 36,7 % des Russes, 26,4 % des Biélorusses et 30,7 % des Français. L'Ukraine est aussi la plus religieuse des quatre.

Les indices de Hofstede, avec les précautions déjà dites, situent les trois pays slaves très loin de la France sur deux dimensions : la distance hiérarchique, c'est-à-dire l'acceptation d'un pouvoir inégalement réparti, et l'indulgence, la tendance à s'autoriser le plaisir et les loisirs. Le Bélarus obtient des scores très proches de ceux de la Russie (95 en distance hiérarchique, 48 en individualisme, 15 en indulgence).

Dimension (0 à 100)RussieUkraineFrance
Distance hiérarchique939268
Individualisme465574
Contrôle de l'incertitude959586
Indulgence201448

Scores relatifs entre pays, version actuelle révisée en 2023. Ils décrivent des cultures nationales, pas les femmes. Source : The Culture Factor.

Les différences de langue, de religion et de trajectoire migratoire entre Russes et Ukrainiennes sont développées dans l'article femme russe ou femme ukrainienne. Les enquêtes ne remplacent pas l'expérience d'une rencontre : l'agence Valentin Love, qui présente des femmes russes et biélorusses à des hommes francophones, en propose un portrait tiré de son expérience, à lire comme un complément de ces moyennes.

À retenir. Les trois pays partagent une forte distance hiérarchique et une faible indulgence, très loin de la France. Mais l'Ukrainienne se distingue : moins attachée à la hiérarchie des sexes en politique, plus attachée au rôle de mère au foyer.

FAQ

Quel est le caractère d'une femme slave ?

Aucune enquête ne mesure un caractère national. Les enquêtes de valeurs mesurent des opinions moyennes : en Russie, en Ukraine et au Bélarus, la famille compte autant qu'en France et la religion à peine plus, les opinions sur les rôles des sexes sont nettement plus traditionnelles, et les femmes travaillent et sont diplômées au moins autant que les Françaises.

Les femmes russes sont-elles plus attachées à la famille que les Françaises ?

Les enquêtes ne montrent pas d'écart. Dans la dernière vague du World Values Survey et de l'European Values Study, la famille est « très importante » pour 83,3 % des Russes et 85,4 % des Français, 86,0 % des Ukrainiens et 88,7 % des Biélorusses.

Les femmes slaves sont-elles très religieuses ?

Moins qu'on ne le croit. La religion est « très importante » pour 18,3 % des Russes, 19,7 % des Biélorusses et 22,0 % des Ukrainiens, contre 14,3 % des Français. Seule l'Ukraine se distingue nettement, avec une importance de Dieu notée 7,1 sur 10, contre 6,3 en Russie et 4,4 en France.

Les femmes russes travaillent-elles ?

Oui, autant que les Françaises. Selon la Banque mondiale, 71,9 % des Russes de 15 à 64 ans étaient actives en 2025, contre 71,1 % des Françaises, et les femmes occupaient 41,7 % des postes d'encadrement en Russie, contre 38,7 % en France.

Qui fait les tâches ménagères en Russie ?

Surtout les femmes. Selon l'enquête de Rosstat de 2019, une citadine russe consacre un jour de semaine 3 h 02 aux tâches domestiques, contre 1 h 13 pour un homme. Sur la semaine, l'écart est d'environ 2,3 pour 1, contre 1,7 au Bélarus en 2024-2025 et environ 1,6 en France en 2010.

Une Ukrainienne a-t-elle le même caractère qu'une Russe ?

Pas tout à fait. 35,2 % des Ukrainiennes jugent que les hommes font de meilleurs dirigeants politiques, contre 50,6 % des Russes. Mais 84,8 % des Ukrainiennes trouvent le rôle de femme au foyer aussi épanouissant qu'un emploi, et 54,8 % des Ukrainiens pensent qu'un enfant souffre quand sa mère travaille.

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